Toto n'avait que neuf ans et comme tous les garçons de son àge, il était très curieux. Il avait souvent entendu le mot "courtiser" par les grands et il se demandait bien qu'est ce que cela voulait dire.
Un jour il décida de poser la question à sa mère. Embêtée sa mère lui proposa d'observer sa grande soeur Marie se faire courtiser par son ami Paul, pensant que c'était la meilleure façon pour lui de l'apprendre. C'est ce qu'il fit le soir même, en se cachant discrètement derrière le rideau du salon. Le lendemain matin il raconta à sa mère ce qu'il avait vu.
"Marie et Paul ont d'abord fermé presque toutes les lumières. Puis Paul a embrassé Marie et l'a serrée très fort contre lui. Je crois que Marie a commencé à se sentir mal, car elle avait un drôle d'air.
Paul a dû penser la même chose que moi car il a mis sa main dans la blouse de ma soeur pour tàter son coeur. Là, je pense que Marie était vraiment malade. C'était de la fièvre car elle a dit à Paul qu'elle était très chaude.
Tout d'un coup j'ai vu ce qui la rendait malade. Une grosse anguille était entrée dans le pantalon de Paul. Je ne sais pas trop comment mais sans blague, elle faisait bien 20 centimètres de long. Là, Paul a empoigné l'anguille d'une main pour qu'elle ne se sauve pas. Quand Marie a vu ça, elle a eu peur et ses yeux sont devenus grands comme des boules de billard. Marie a dit à Paul que c'était la plus grosse qu'elle avait jamais vue.
à ce moment là, Marie a essayé de faire sa brave en essayant de couper la tête de l'anguille avec ses dents. Mais ça n'avait pas l'air de tuer l'anguille, bien au contraire. Alors, elle a empoigné l'anguille à deux mains pendant que Paul mettait dessus une muselière qu'il avait sortie de sa poche pour l'empêcher de mordre. Après Marie s'est couchée sur le sofa avec les jambes écartées pour faire la prise des ciseaux à l'anguille.
L'anguille s'est pas mal débattue, ensuite Marie s'est mise à gémir et se plaindre et Paul a presque défait le sofa à force de gigoter.
Après une dernière secousse, Marie et Paul ont poussé un grand soupir: c'est là que j'ai compris qu'ils avaient réussi à tuer l'anguille car je l'ai vue pendouiller inerte au moment où Paul lui retirait su muselière. C'est à se demander si elle n'était pas enragée d'ailleurs, car elle était pleine de bave."
Les chroniques racontent qu'en 1994 aurait eu lieu un challenge d'aviron entre l'équipe de rameurs de L'E.N.A. et ceux d'une université de "Province". Les rameurs de l'Université brillèrent dès le départ, et arrivèrent avec une heure d'avance sur l'équipe énarque...
De retour dans les locaux de L'E.N.A., le Comité de Consultation se réunit pour analyser les raisons d'un résultat si imprévu et déconcertant. Leurs conclusions furent les suivantes :
1) L'équipe universitaire était formée d'un chef d'équipe et de 10 rameurs...
2) L'équipe de L'E.N.A était, elle, constituée d'1 rameur et de 10 chefs d'équipe.
La décision fut portée à la sphère de planification stratégique pour l'année suivante, avec une réforme dont les répercussions se feraient ressentir à tous les niveaux de la délégation.
En 1995, lors du départ du nouveau challenge, l'équipe universitaire reprenait une fulgurante avance. Cette fois-là, l'équipe énarque arrivait avec 2 heures de retard...
La nouvelle analyse du Comité de Consultation rendait les constatations suivantes :
1) Dans l'équipe Universitaire, il y avait 1 chef et 10 rameurs.
2) L'équipe de l'E.N.A, suite aux réformes décidées par le Comité de Consultation et approuvées par la haute sphère de planification, comprenait :
* Un chef d'équipe
* Deux assistants au chef d'équipe
* Sept chefs de section
* Un rameur
La conclusion du Comité fut unanime et lapidaire: "Ce rameur est un bon à rien".
En 1996 se présentait une nouvelle opportunité pour l'équipe énarque. En effet, le Département du Haut Management d l'e.n.a., en collaboration avec le Département de Recherche sur les Ressources Humaines de cette même école avaient mis au point une stratégie novatrice qui améliorerait sans aucun doute possible le rendement et la productivité, gràce à l'introduction de substantielles modifications dans la structure. C'était là la clef de voûte du succès, l'aboutissement ultime d'une méthodologie qui ferait pàlir d'envie même les meilleurs managers au monde...
Le résultat fut catastrophique. L'équipe Universitaire arrivait cette fois avec 3 heures d'avance sur l'équipe énarque. Les conclusions furent effroyables :
1) Dans un évident but de déstabilisation spéculative, l'équipe universitaire avait opté pour la formation traditionnelle : 1 chef d'équipe et 10 rameurs
2) L'équipe énarque avait introduit une formation avant-gardiste :
* Un chef d'équipe
* Deux consultants Qualité
* Un auditeur en empowerment
* Un superviseur de downsizing
* Un analyste de procédures
* Un technologue
* Un contrôleur
* Un chef de section
* Un technicien chronomètre
* Un rameur
Après plusieurs jours d'épuisantes réunions et autant de séances de Brainstorming, le Comité décidait de punir le rameur en lui supprimant ses bourses d'étude et en le radiant de l'école, dont la Grandeur et Réputation risquait de se voir ternie par une telle incompétence.
Lors de la réunion de clôture, le Comité, appuyé par le corps enseignant, statuait :
"Pour le prochain challenge, nous engagerons un nouveau rameur, mais par le biais d'un contrat d'Outsourcing, de manière à éviter toute friction syndicale et d'esquiver tout contrat de travail et charges sociales qui en découlent, éléments qui, sans aucun doute, ont jusque là dégradé l'efficacité et la productivité de nos ressources".